La vraie vie des minorités nationales en Azerbaïdjan : entre promesses et réalités

© Photo par RFE/RL

Le contraste entre les discours du gouvernement azerbaïdjanais, qui prône la prospérité et la coexistence pacifique des minorités et la réalité vécue par les minorités du pays dirigé par Ilham Aliyev, est frappant. Les conditions de vie et les droits des minorités semblent être bien loin de l’image que cherche à donner l’Azerbaïdjan.

Un exemple marquant est le quartier de Yevlakh, situé dans la partie centrale de l’Azerbaïdjan, dans la région d’Aran, qui abrite une population majoritairement kurde. Malgré l’auto-identification claire des habitants comme des Kurdes, ce quartier est souvent désigné comme le quartier “tsigane”, ce qui reflète les stéréotypes persistants auxquels sont confrontées les minorités ethniques en Azerbaïdjan. Comme le rapporte rferl.org, le quartier en question, situé pourtant dans une région riche en pétrole et en gaz, est confronté à des conditions de vie précaires : absence d’électricité, de gaz, de tout à l’égout et de rues asphaltées. La pauvreté y est telle que de nombreuses familles ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école. Les mineurs contraints de mendier ou de collecter des métaux ne sont pas rares.

Gulpari Mamedova, habitante du quartier, qui a déjà subi des mauvais traitements de la part de la police pour avoir parlé aux médias, accepte de s’exprimer devant la caméra : “Si le gouvernement me donnait de l’argent pour acheter des chaussures, de la nourriture et des vêtements pour mes enfants, nous n’aurions pas besoin d’aller mendier. Les enfants voient qu’il n’y a pas de pain à la maison, qu’il n’y a pas de nourriture. Ils sortent pour mendier, ils ramènent du pain et de la nourriture à la maison”, raconte Mammadova lors d’une interview avec RFE/RL.

© Photo par RFE/RL

Diversité linguistique menacée

Les discriminations linguistiques sont également une préoccupation en Azerbaïdjan, notamment pour les langues boudoukh et talyche menacées de disparition. Malgré l’obligation légale de protéger les droits des minorités, le gouvernement azerbaïdjanais semble ne pas prendre les mesures nécessaires pour préserver les identités culturelles et linguistiques de ces groupes ethniques.

Les Talyches, accusés de séparatisme, sont victimes de discriminations et de répressions systématiques. Les autorités azerbaïdjanaises entravent leur activité politique, emprisonnent les leaders de leur communauté et leur refusent le droit à l’éducation dans leur langue maternelle. Des sources indépendantes ont également confirmé les difficultés rencontrées par les Talyches pour préserver leur identité en particulier du fait de l’absence de droit à l’éducation dans leur propre langue.

Arrestations massives et restriction de la liberté de religion

Le gouvernement azerbaïdjanais a régulièrement démontré sa volonté de restreindre la liberté religieuse. Les exemples récents de répression contre les musulmans religieux mettent en évidence cette réalité préoccupante. Malgré l’affirmation d’une politique de tolérance religieuse, de nombreux croyants se retrouvent dans une situation difficile en raison de leurs convictions religieuses. Le gouvernement ne semble tolérer que les formes d’expression religieuse qui s’alignent sur ses propres intérêts et ses objectifs politiques.

Comme le témoigne l’écrivain et activiste politique azerbaïdjanais Samad Shikhi qui avait également exprimé son désaccord avec le gouvernement azerbaidjanais suite à l’agression contre l’Arménie en septembre 2022, la répression des musulmans religieux en Azerbaïdjan a pris une ampleur alarmante ces derniers temps. Des centaines de personnes ont été arrêtées et emprisonnées sous divers prétextes, allant de l’accusation d’espionnage à celle de trafic de drogue. Ces arrestations massives visent clairement à contrôler la religion et à diaboliser l’Iran, pays voisin.

Les arrestations se sont intensifiées après une tentative d’assassinat contre le député Fazil Mustafa, mais les détentions ne se limitent pas à ceux qui sont soupçonnés de liens avec l’Iran. Des accusations de drogue sont également utilisées pour emprisonner les personnes visées. “La répression en cours en Azerbaïdjan, qu’elle vise l’opposition politique ou les croyants religieux, rappelle les répressions staliniennes de 1937”, déclare Samad Shikhi.

Politique ultra-violente et arménophobe

Plus encore que les autres minorités, les Arméniens concentrent une politique raciste et ultraviolente de la part de l’Etat azerbaïdjanais. En plus des discriminations et des violations des droits des minorités au sein de l’Azerbaïdjan, il est essentiel de rappeler les discriminations systématiques dont furent victimes les Arméniens vivant dans le pays, et particulièrement dans la région autonome du Haut-Karabakh. Ces discriminations qui visaient à les marginaliser et les priver de leurs droits fondamentaux, ont fait partie des raisons fortes pour lesquelles les Arméniens du Haut-Karabakh ont souhaité s’affranchir de la tutelle de Bakou depuis la fin de la période soviétique. En voici quelques exemples :

▶️Sous le régime soviétique, les autorités azerbaïdjanaises ont favorisé une politique d’azerbaïdjanisation forcée dans la région du Haut-Karabagh, ce qui a entraîné la suppression de la langue arménienne dans les écoles et les institutions publiques, ainsi que la discrimination systématique à l’égard des Arméniens dans l’accès à l’éducation et à l’emploi.

▶️Pogroms de Soumgaït en 1988 : En février 1988, des pogroms violents ont eu lieu à Soumgaït, en banlieue de Bakou. Les Arméniens y ont été pris pour cible, avec des attaques, des viols et des meurtres perpétrés par des émeutiers azerbaïdjanais. Ces événements ont marqué le début des tensions ethniques accrues entre les communautés arménienne et azerbaïdjanaise.

▶️Destruction culturelle : Au cours du conflit et jusqu’à aujourd’hui, des monuments historiques, des églises, des cimetières et d’autres sites culturels arméniens ont été délibérément détruits par les forces azerbaïdjanaises, dans le but d’effacer les traces de la présence arménienne dans la région.

Ces exemples ne représentent qu’une partie des discriminations et des violences subies par les Arméniens du Haut-Karabagh dans le passé. La situation complexe de la région a évolué au fil du temps. Le blocus du corridor de Lachine, entamé par l’Azerbaïdjan depuis le 12 décembre 2022, limite fortement l’accès aux ressources de première nécessité des Arméniens du Haut-Karabakh. Il est une nouvelle démonstration des moyens privilégiés par l’Etat azerbaïdjanais pour gérer des minorités jugées menaçantes: l’emploi de la violence psychologique et physique. L’Azerbaïdjan cherche à obtenir par les voies de la guerre hybride et de la diplomatie du plus fort, la reconnaissance de son droit à “intégrer” les Arméniens du Haut-Karabagh, une entité qui pour être non reconnue, est pourtant nettement plus respectueuse des libertés individuelles et des droits civiques. Pas difficile, l’Azerbaïdjan, pays “non libre”, ayant obtenu une note de 9 sur 100 au classement Freedom in the World de l’organisation Freedom House, ce qui le place dans la catégorie des pays où les droits des minorités et des citoyens en général sont gravement restreints.