Tous les matins sur RFI, Appels sur l’actualité, avec Juan Gomez et des auditeurs du monde entier qui posent leurs questions sur une actualité internationale. Aujourd’hui 17 mars, plusieurs questions portaient sur l’accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui pourrait mettre fin à des décennies de tensions et de conflits armés dans la région du Caucase.
Taline Papazian, politologue, maîtresse de conférence à Sciences Po, répondait aux questions.
Comment les deux parties sont-elles enfin parvenues à s’entendre ?
Les discussions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont débuté sous l’égide de l’Union européenne fin 2021. Toutefois, l’Azerbaïdjan a rapidement rejeté cette médiation, et les négociations se sont poursuivies sous un format bilatéral.
En 2024, des progrès concrets ont été enregistrés sur la délimitation des frontières, avec un premier tracé effectif sur quelques kilomètres. Du côté arménien, le gouvernement d’Erevan a multiplié les efforts pour aboutir à un accord. L’objectif principal était de préserver ce qui pouvait l’être, tout en incitant Bakou à parapher un document qui stabiliserait la région du Caucase du Sud.
Quel avenir pour les frontières, notamment autour du Haut-Karabakh et les 100 000 Arméniens déplacés de cette région ?
La délimitation en cours concerne la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Pour Erevan, il est primordial que Bakou signe et reconnaisse officiellement ces frontières, d’autant plus que l’Azerbaïdjan occupe militairement certaines zones du territoire de la République d’Arménie depuis 2021.
Concernant le Haut-Karabakh, la question majeure a longtemps été le sort de la population arménienne. Cette région, faisant officiellement partie de l’Azerbaïdjan et était peuplée majoritairement d’Arméniens; jusqu’en septembre 2023, date à laquelle ils ont été contraints à l’exode forcé.
Au total, 150 000 Arméniens ont fui le Haut-Karabakh en deux vagues : 50 000 en 2020 et 100 000 en 2023. Pendant plus de 25 ans, les négociations ont cherché un statut garantissant la sécurité et les droits de cette population sur son territoire. Cependant, Bakou a choisi de régler la question par la force en 2020 et 2023.
Si le droit au retour des réfugiés existe en principe et ne peut être remis en cause par quiconque, il demeure aujourd’hui sans perspective de mise en œuvre.
La région du Haut-Karabakh a été au cœur des tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, avec une majorité arménienne historiquement présente et donc un conflit autour de la question de son statut.
Quels sont les points principaux de l’accord ?
L’accord repose principalement sur la reconnaissance réciproque de l’intégrité territoriale et de la souveraineté des deux États. Toutefois, ce principe reste théorique, Bakou occupant militairement des zones de l’Arménie depuis 2021.
Deux points ont constitué les derniers obstacles à la signature :
- Le retrait des forces tierces de la frontière, ciblant notamment la mission civile européenne. Bien que cette mission soit strictement d’observation et non militaire, Bakou s’oppose à sa présence.
- L’abandon réciproque des plaintes déposées par les deux parties devant les juridictions internationales.
L’accord représente donc une étape diplomatique essentielle et porte une perspective de stabilisation de la région. Reste à le signer.
Publié le : 17/03/2025
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