Coup de filet de Google sur la désinformation digitale venue d’Azerbaïdjan

YouTube a bloqué plus de 14 000 chaînes azerbaïdjanaises en 2024. Entre 2021 et 2024, ce sont plus de 16 000 chaînes favorables au gouvernement azerbaïdjanais, souvent critiques envers l’Arménie, qui ont été fermées. Le Threat Analysis Group (TAG) de Google souligne que 87 % de ces suppressions ont eu lieu en 2024, marquant un tournant dans la lutte contre les campagnes de manipulation coordonnée sur la plateforme. Bien qu’impressionnant, ce chiffre de fermetures donne à penser sur tout ce que le filet a manqué de pêcher. Il témoigne de l’ampleur des campagnes de manipulation et de désinformation venues d’Azerbaïdjan.

Des premières alertes dès 2021

Selon les bulletins internes de Google, l’enquête concernant les activités liées à l’Azerbaïdjan est apparue pour la première fois au deuxième trimestre de 2021. En juin de cette même année, 33 chaînes en azerbaïdjanais et en arménien, diffusant du contenu à la gloire de l’armée azerbaïdjanaise, ont été bloquées. Les experts du TAG ont alors relevé des similitudes avec des pratiques déjà observées par Facebook (rebaptisé Meta en 2021).

Dès octobre 2020, Facebook avait en effet découvert un vaste réseau en Azerbaïdjan utilisant de faux comptes pour promouvoir le président Ilham Aliyev et le parti Yeni Azerbaijan (« Nouvel Azerbaïdjan »), tout en accusant les opposants de trahison et en rejetant les accusations de violations des droits de l’homme dont le pays faisait l’objet.

Dans la foulée, Google a élargi ses investigations : après la fermeture initiale de 33 chaînes YouTube en 2021, l’enquête a conduit au blocage de 515 chaînes l’année suivante, avant d’atteindre 1 599 en 2023. Puis, en 2024, plus de 14 000 chaînes liées à l’Azerbaïdjan ont été retirées de la plateforme, soit 87 % de la totalité des suppressions recensées sur cette période.

Une multiplication exponentielle en 2024

La progression des blocages illustre l’ampleur croissante de la propagande azerbaïdjanaise en ligne :

  • 2021 : 33 chaînes supprimées
  • 2022 : 515 chaînes supprimées
  • 2023 : 1 599 chaînes supprimées
  • 2024 : 14 018 chaînes supprimées

Selon Google, il s’agit toutefois d’une fraction seulement des chaînes en langue azerbaïdjanaise bloquées. Ces contenus, spécifiquement pointés pour propagande dirigée contre l’Arménie, recours aux trolls et faux-comptes, et booster artificiels de popularité du gouvernement azerbaïdjanais ont été débusqués dans le cadre d’enquêtes internes et ne relèvent pas d’autres motifs de violation des règles de YouTube. Une des méthode ciblée est la création dirigée de commentaires autour d’actualités et événements locaux et régionaux, politiques, politiques gouvernementales, tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, actions de l’Arménie lors d’épisodes passés du conflit du Haut-Karabakh, éloges du président Ilham Aliyev et de son parti (Nouveau parti azerbaïdjanais), critiques des partis et dirigeants de l’opposition les accusant de trahison, ou encore servant des démentis aux violations des droits de l’homme en Azerbaïdjan.

Dans les bulletins du TAG datés de 2024, l’Azerbaïdjan figure désormais au troisième rang mondial des pays dont les chaînes sont le plus massivement supprimées pour cause de propagande :

  • Chine : 57 584 chaînes supprimées
  • Russie : 30 445 chaînes supprimées
  • Azerbaïdjan : 14 018 chaînes supprimées

Néanmoins, rapportés à la taille du pays ou de la population, ce chiffre classerait l’Azerbaïdjan largement premier.

Un front numérique mondial

L’intensification de cette lutte ne concerne pas uniquement l’Azerbaïdjan. Les grandes plateformes, dont Google et Meta, renforcent globalement leurs efforts pour démanteler les campagnes d’influence inauthentiques, qu’elles soient liées à des États ou à des groupes politiques. Les bulletins de Google, mis à jour jusqu’en février 2024, mettent en évidence une hausse des activités de propagande dans plusieurs régions, dont la Chine, la Russie ou encore l’Iran.

Les experts en cybersécurité constatent particulièrement l’utilisation de faux comptes et de tactiques de diffusion automatisées, notamment pour commenter massivement l’actualité, glorifier des gouvernements ou discréditer des opposants. Ces pratiques témoignent d’une volonté de façonner l’opinion publique à l’échelle internationale, tirant profit de la viralité des plateformes en ligne.

Des interrogations sur l’impact réel

Si les chiffres illustrent l’ampleur des ressources engagées par Google pour identifier et supprimer ces chaînes, il reste difficile d’estimer précisément la portée et l’efficacité de la propagande azerbaïdjanaise avant leur blocage. Les bulletins ne renseignent pas sur le nombre total de vues ni sur la répartition géographique de l’audience.

Néanmoins, l’augmentation exponentielle du nombre de suppressions en 2024 souligne la stratégie de plus en plus agressive adoptée par Google et d’autres acteurs du web pour contrer la désinformation à grande échelle. Cette évolution répond à l’inquiétude croissante face aux opérations d’influence coordonnées, qui semblent devenues un enjeu majeur de sécurité et de politique publique dans le monde numérique actuel.

Face à l’ampleur de ces campagnes de désinformation et à la sophistication croissante des outils utilisés, l’éducation à la cybersécurité devient un levier essentiel pour protéger les citoyens et renforcer la résilience des sociétés. C’est pourquoi Armenia Peace Initiative (API) développe et dispense des formations en cybersécurité destinées aux professionnels du domaine en Arménie. Ces programmes offrent des compétences concrètes en matière de sécurité informatique, de détection des manipulations numériques et de défense contre les cybermenaces. 

Dans un monde où la guerre ne se mène plus uniquement sur les terrains physiques mais aussi dans les sphères numériques, des initiatives comme celles d’API constituent une réponse stratégique et citoyenne aux nouvelles formes de conflits hybrides.